Drame passionnel (suite)

 

 

Etant très curieuse de la fin tragique de Germain René Percebois (voir le premier article), j’ai profité d’un séjour dans ma Normandie natale pour aller consulter quelques journaux.

J’ai compulsé le Courrier de l’Eure et j’ai trouvé un article extrêmement détaillé concernant les faits. Comme quoi, multiplier les différents journaux peut être utile…

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Le drame de Caër

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Le Courrier de l’Eure, 18 mai 1909

Il n’est bruit à Evreux, depuis ce matin, que du drame qui s’est déroulé hier soir à Caër (commune de Normanville) et dans lequel un jeune homme passionnément épris d’une jeune fille s’est donné la mort après avoir tenté de la tuer à coups de revolver.
Voici les faits tels qu’ils résultent de notre enquête : Germain Percebois, âgé de vingt deux ans, demeurant avec ses parents rue Maillot, 34, devait partir au régiment au mois d’octobre prochain. Il avait fait connaissance dans un bal de Mlle Eugénie Lacôte, âgée de seize ans, journalière à Gravigny, et avait conçu pour elle une passion folle qu’il croyait partagée : il avait été convenu entre eux, en effet, qu’ils se marieraient à son retour du service militaire.
Samedi soir, le jeune homme se rendit à Caër et loua chez Mr Colombel, cafetier, route nationale d’Orléans à Rouen, une chambre où il passa la nuit seul, parait-il. Hier matin, il revint à Evreux, puis retourna à Caër au milieu de la journée.
Eugénie Lacôte le rencontra à bicyclette, vers une heure et demie, devant le café Colombel. Il lui offrit une consommation qu’elle accepta, puis tous deux allèrent se promener. Durant l’après-midi, ils revinrent plusieurs fois au café, où Eugénie s’amusa à la balançoire et dansa avec plusieurs de ses amies.
Au moment de se séparer, vers sept heures trois quarts du soir, les deux amoureux burent encore une bouteille de cidre bouché, après quoi ils sortirent ensemble sur la route. A ce moment, sans que rien eût pu faire soupçonner son criminel projet, Percebois sortit de sa poche un revolver et fit feu par trois fois sur la jeune fille. Celle-ci atteinte à la tête et au bras gauche, courut, tout ensanglantée, se réfugier dans la cour du café, tandis que le jeune homme, tournant l’arme contre lui-même, se faisait justice en se logeant deux balles dans la tête, l’une sous le menton, l’autre à la tempe droite, et roulait foudroyé sur la route.
Le drame avait été si rapide, que les époux Bourgon, au service de M. Colombel, accourus sur le seuil de la porte en entendant les premières détonations, virent sans avoir le temps d’intervenir, Percebois se tirer le deuxième coup de revolver et s’affaisser inanimé sur le sol.
On s’empressa autour de la jeune fille, dont les blessures étaient moins graves qu’on n’aurait pu le craindre. Les deux balles qu’elle avait reçues n’avaient sans doute pas une force de pénétration suffisante, ou avaient été tirées obliquement ; l’une entrée dans la nuque, avait glissé sur le crâne et était venue se perdre dans le cou, sans atteindre aucun organe essentiel ; l’autre était remontée le long du bras gauche, presque jusqu’à l’épaule, sans toucher à l’os. La vie d’Eugénie Lacôte n’est donc nullement en danger, à moins de complications que rien ne fait prévoir. La blessée est soignée au café Colombel, en attendant que son état permette de la transporter au domicile de ses parents.
Quelle est la cause de ce drame? Les motifs qui ont fait perdre la tête au malheureux Percebois et ont armé son bras contre celle qu’il aimait sont d’ordre trop intime et trop délicat pour être révélés ici. Disons seulement que, dans une lettre trouvée sur lui et adressée à ses parents, il leur demandait pardon du chagrin qu’il allait leur causer, et expliquait son acte désespéré par la perte de ses illusions au sujet de sa fiancée.

 


Pour information, la collection de journaux de la ville d’Evreux est conservée au Pavillon Fleuri, annexe de la médiathèque, qui conserve tout le fonds ancien.

Ce lieu est chargé d’histoire. Les époux Baudot y ont notamment résidé pendant la seconde guerre mondiale : Anne-Marie étant bibliothécaire et son mari, Marcel, archiviste départemental. Ils en firent l’un des sites de la Résistance pour le département.

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3 réflexions sur “Drame passionnel (suite)

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