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J comme Jouy

Le canton de Jouy (Eure) nous amène dans les communes d’Hardencourt-Cocherel et d’Houlbec-Cocherel, ainsi que dans la commune de Saint-Germain-de-Fresney.

François Conard était meunier à Saint-Germain-de-Fresney.

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Acte de sépulture de François Conard, le 2 mai 1711 à Hardencourt-Cocherel – Source : Archives départementales de l’Eure, 8MI3702 vue 161

Jacques Conard était meunier du moulin de Monsieur de Vergnette à Hardencourt-Cocherel.

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Acte de sépulture de Jacques Conard, le 27 juin 1749 à Hardencourt-Cocherel – Source : Archives départementales de l’Eure, 8MI2145 vue 87

Le moulin d’Houlbec-Cocherel forme un site classé Monument Historique en 1943 avec le moulin qui lui fait vis à vis, sur la commune d’Hardencourt-Cocherel (canton de Jouy-sur-Eure).

En 1011, Raoul, comte d’Ivry, donne aux moines de Saint-Ouen deux moulins sur l’Eure, avec la pêcherie dans le lieu nommé Cocherel. L’édifice actuel date probablement de la fin du 18e siècle.

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Les moulins de Cocherel sur les communes d’Hardencourt et d’Houlbec – Source : Flickr

Sur la fiche de la base Mérimée du moulin d’Houlbec-Cocherel, il est mentionné qu’il a été exploité par un meunier Miserey, en 1838. Tiens, tiens… encore une piste à suivre …

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I comme Irai

La quête des origines du couple François Vallée et Marie Joséphine Léger m’a mené sur 3 départements différents.
Je les ai croisé pour la première fois pour le mariage de leur fille Alexandrine Eugénie avec Adolphe Victor Dufour le 9 janvier 1860 à Saint-Nicolas-d’Attez (Eure).
Via l’acte de mariage j’apprends qu’Alexandrine Eugénie est née le 27 janvier 1835 dans la commune de Moussonvilliers (Orne). Ses parents y habitent d’ailleurs encore. Un des témoins se trouve être le frère d’Alexandrine : Toussaint, 27 ans, qui habite à Saint-Christophe-sur-Avre (Eure).
Leur fille étant née à Moussonvilliers, j’ai recherché leur mariage dans cette commune mais cela aurait été trop simple.
J’ai leur ai trouvé 6 enfants nés entre 1827 et 1845 à Moussonvilliers mais aucune trace de leur mariage.
Loin de me laisser abattre j’ai mené l’enquête par l’autre bout : la recherche de leurs décès.
Bien entendu ils ne sont pas décédés à Moussonvilliers cela aurait trop facilité la tâche. Il m’a fallu chercher les mariages et décès de certains des enfants pour les pister.
Il ressort que le couple a vécu d’environ 1827 à au moins 1860 à Mousssonvilliers. Lors du décès de leur fils François Toussaint en 1871, ils habitaient à Saint-Christophe-sur-Avre (Eure) et en 1872, lors du deuxième mariage de leur fille Marie Joséphine, ils habitaient à Rohaire (Eure-et-Loir). François y est d’ailleurs décédé le 27 mars 1875. Je n’ai pour l’instant pas trouvé le décès de sa femme.
L’acte de décès de François m’a permis de connaitre sa commune de naissance qui se trouve être la commune de Irai (Orne).
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Décès de François Vallée – Source : Archives départementales d’Eure-et-Loir, 3E316/008, vues 53 et 54

J’ai donc centré ma recherche entre les communes de Moussonvilliers et d’Irai pour enfin trouver leur mariage dans la commune de La Poterie-au-Perche (Orne).
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H comme Le Havre

Pierre Marie Le Goff est né le 7 mars 1875 à Ergué-Armel,  commune actuellement rattachée à celle de Quimper (Finistère). Il exerce la profession de ferblantier.
Il arrive sur Évreux vers 1891 et s’y marie le 16 février 1901 avec Marie Dufay. Il reconnaît un fils, né en 1890, lors de son mariage. Un deuxième  fils naît le 5 novembre 1901, il ne le connaîtra que très peu.
En effet, quelques mois plus tard, il n’habitera déjà plus au foyer conjugal. Il affirmera d’ailleurs être célibataire par la suite. Je n’ai pourtant trouvé aucune mention d’un divorce mais lors du mariage du second fils, il est mentionné qu’il ne connait pas l’adresse de son père.
En effet, il bougera beaucoup. Il passera par Lorient, Saint-Malo,  Pithiviers, Boigneville, Paris et un bref retour à Ergué-Armel avant d’être mobilisé pendant toute la durée de la première guerre mondiale. Il y retournera d’ailleurs en 1919 mais n’y restera pas longtemps. Il retournera sur les routes en passant entre autres par Châlons-sur-Marne, Paris, Vouziers et Melun où je perds sa trace en 1924.
Cet aïeul est un peu instable comme vous pouvez vous en rendre compte. Dans ses nombreux déplacements il a d’ailleurs plusieurs démêlés avec la justice.
Son premier jugement se déroule au Tribunal Correctionnel du Havre.
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Jugement de Pierre Marie Le Goff en date du 16 décembre 1907 – Source : Archives départementales de Seine-Maritime, 3U2 1079

Nous sommes en octobre 1907, Pierre Marie qui est ferblantier doit surement en profiter pour grappiller du zinc à son patron, en tout cas c’est ce que je suppose.
En effet, il est accusé  d’avoir soustrait frauduleusement une certaine quantité de zinc au préjudice du sieur Kauffman.
Il n’est pas le seul à être jugé. Pierre Marie a refourgué sa marchandise à Louise Victorine Sohier femme Béret.  Cette dernière est donc accusée d’avoir acheté la marchandise sans connaître ni le nom ni l’adresse du vendeur et sans faire certifier son identité.
Pierre Marie est condamné par défaut à 1 mois d’emprisonnement pour vol le 16 décembre 1907. Sa condamnation lui sera signifiée le 26 janvier 1910.
Le sieur Kauffman est-il son patron ? Si entreprise il y a, se trouve-t-elle au Havre ou dans la commune de Graville, Pierre Marie habitant au 290 route Nationale a Graville?
Suite au prochain épisode avec la lettre V comme Vouziers..
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G comme Gravigny

L’année dernière j’avais évoqué un moulin dans mon article M comme Miserey.
Lors des Journées du Patrimoine de Pays et des Moulins, en juin 2015, j’ai pu aller visiter ce moulin (voisin de celui de mes ancêtres) : le moulin de Champagne, à Gravigny.
 

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 Ce moulin n’a pas été directement dirigé par la famille Miserey, il l’était entre-autres par la famille Damiens. Il s’avère que les familles Damiens et Miserey étaient liées. J’ai pu en effet trouver les unions des soeurs Marie et Anne Damiens avec respectivement, les frères Louis et Sulpice Miserey. Le père des soeurs Damiens étant lui-même meunier au moulin de Jouy-sur-Eure. Ces familles de meuniers restaient donc entre-elles.
Lors de ma visite j’ai eu la chance de rencontrer Mr Patrick Sorel, un spécialiste des moulins qui a travaillé notamment sur celui qui m’intéresse : le moulin de Saint-Pierre. Il a écrit l’article  Trois moulins de l’Iton : la Chaise-Dieu-du-Theil, Cativet et Gravigny et les autres dans la revue Connaissances de l’Eure n°104 (avril 1997) que je citerais plusieurs fois dans l’article.
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Cadastre de Gravigny, Section C de Saint-Nicolas, 20 novembre 1840. Source : Archives départementales de l’Eure, 3 PL 1118-7

Le moulin de Saint-Pierre a été donné en 1038 par Richard Comte d’Évreux à l’abbaye de Jumièges, dans le cadre de la baronnie de Jouy et de Gauciel.
Il a été dirigé par la famille Miserey en bailliage d’au moins 1683 à 1775 puis de 1783 à 1791. En 1791, le moulin à blé de St Pierre est mis en vente en tant que bien national. L’adjudication définitive est faite à Louis Miserey pour 13100 livres. En 1844, dans l’état de section de Gravigny, le moulin de St Pierre est cité comme Miserey frères meuniers à Gravigny, maison et moulin à bled. La démolition de ce moulin a lieu en 1881.
Les différents baux passés concernant des Miserey sont les suivants : François pour un bail de 29 ans le 3 juillet 1683, Nicolas pour 29 ans le 17 juin 1724, Sulpice pour 9 ans le 20 février 1754, Louis pour 9 ans le 22 mai 1760, Louis (le même?) pour 4 ans le 30 décembre 1783 et 9 ans le 21 mars 1789.
Le dernier Miserey connu est un certain Isidore pour les années 1867-1868.
(Source : article de Mr Sorel)
Ce moulin n’existe malheureusement plus mais on trouve encore sa trace et celle de mes ancêtres grâce à la voirie de Gravigny : face à l’ancienne Maladrerie : le chemin du moulin de Saint-Pierre qui mène au pont et au lieu-dit  Miserey.
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Carte actuelle de Gravigny – Source : Géoportail

« Sur les bords de la rivière, il reste peu de traces du moulin de St Pierre. Sur la rive droite, au lieu-dit Miserey, se trouve un petit chemin allant vers le lieu-dit St Nicolas. Le moulin se situait à l’est de la rivière, orienté est-ouest. »
J’ai de nombreuses archives à compulser aussi bien aux Archives départementales de l’Eure qu’à celles de Seine-Maritime, abbaye de Jumièges oblige.
Grâce à l’article de Mr Sorel et à un mail exposé lors de ma visite au moulin de Champagne, j’ai déjà certaines cotes,  il ne reste plus qu’à…

Pour en savoir plus sur le moulin de Champagne, voir l’article du Paris-Normandie du 6 août 2015.
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E comme Évreux

Évreux est une ville de référence pour ma généalogie. En effet, c’est le lieu où mes branches maternelles se sont rencontrées. Une grande partie de ma famille maternelle y habite encore (ou à proximité).
Mes premiers pas de généalogiste et d’archiviste ont d’ailleurs eu lieu à Évreux.
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Source : Archives départementales de l’Eure, 8Fi228_0003

Les premières arrivées sur Évreux sont Aimée Florimonde et Marie Dufay, mère et fille, entre 1886 et 1889. Elles travaillaient en tant que trameuse.
Aimée est née à Landisacq (Orne), elle suit son père à Condé-sur-Noireau (Calvados) où elle y  est fille-mère en accouchant de Marie en 1874. Elles vivront avec le père d’Aimée plusieurs années. Je retrouve leur traces grâce à la naissance d’Alphonse Gaston en 1886 à Canteleu  (Seine-Maritime). Elle aura ensuite deux enfants nés à Évreux : Juliette Alphonsine (1889) et Fernand Gaston (1891).
Marie aura également un enfant naturel, Gaston Alphonse né en 1890. Il sera reconnu lors du mariage de Marie avec Pierre Marie Le Goff en 1901.
Pierre Marie Le Goff arrive à Évreux vers 1891 (selon sa fiche matricule). Il est originaire d’Ergué-Ermel (Finistère).
Pour en savoir plus : V comme Vouziers.
Une deuxième branche, le couple Germain Juste Anatole Percebois et Marie Renée Le Levrier s’y installe entre 1901 et 1904. Ils viennent de Nonancourt (Eure) où ils se sont mariés mais n’en sont pas originaire. Marie Renée vient en effet de Pédernec  (Cotes-d’Armor) et Germain Juste Anatole de Lèves  (Eure-et-Loir).
Pour en savoir plus : B comme Brou,  N comme Nonancourt.
La dernière branche, le couple Alfred Benjamin Pernelle et Germaine Juliette Dufour arrive à Évreux qu’entre 1920 et 1921.
Germaine Juliette est originaire de Condé-sur-Iton (Eure) et habite avec sa mère et son beau-père à Angerville-la-Campagne (Eure) lors de son mariage en 1920 avec Alfred Benjamin Pernelle.
Alfred Benjamin est quant à lui originaire de Bennecourt (Yvelines). Il a fait quelques brefs passages à Évreux dus à sa situation d’enfant assisté. Il a d’ailleurs eu un parcours assez mouvementé avec des placements dans différentes familles.
Pour en savoir plus : D comme Dufour, P comme Pernelle.
flux des aieux vers Evreux

Carte des flux d’arrivées de mes aïeux vers Évreux (version en ligne accessible ici)

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La mâratre de Fains

 

De retour avec le couple Charles Benjamin Pernelle et Marie-Céline Miserey. Je vous propose de découvrir un pan de leur histoire à travers la presse.

Nous sommes à Fains, commune de l’Eure. Le couple après avoir vécu à Bennecourt (commune des Yvelines) est venu habiter dans cette commune, d’où est originaire la famille de Marie Céline.

Pour rappel, Marie-Céline a subi 6 grossesses en l’espace de 6 ans. Le couple était dans une misère terrible, devant voler des pommes de terre dans un champ, par exemple. Marie-Céline restait souvent seule à la maison avec ses enfants, son mari habitant sur son lieu de travail (à Saint-Aquilin-de-Pacy). Elle avait des problèmes avec la boisson, elle avait d’ailleurs était condamnée pour escroquerie pour récupérer de la nourriture mais aussi de l’eau de vie.  Sa maison ayant brûlée en juillet, elle y a pourtant passé 7 mois avec 5 enfants de moins de 7 ans alors qu’elle n’avait plus de toit. Après 7 mois dans cette misère elle craque et abandonne 4 de ses enfants. Qui pourrait l’en blâmer? la population et la presse apparemment…

L’Avenir de l’Eure, 27 février 1897

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extrait du journal L’Avenir de l’Eure du 27 février 1897 (source : Archives départementales de l’Eure, 55X378)

La Marâtre de Fains
Mercredi soir, une femme nommée Pernelle, habitant à Fains, canton de Pacy-sur-Eure, conduisait quatre de ses enfants devant la maison du maire et les abandonnait là. Les deux plus petits, âgés de huit mois et de deux ans, étaient couchés dans une petite voiture ; les deux autres, dont l’aîné compte à peine cinq ans, se tenaient auprès de leurs petits frères. Le plus âgé avait à la main un billet contenant ces mots adressés à l’honorable maire de Fains, M. Ledoux : « Je vous envoie mes enfants, faite-en ce que vous voudrez ». Les cris des petits attirèrent bientôt les voisins et ce fut une indignation chez tous les habitants du pays en apprenant ce qui venait de se passer.
M. Ledoux, en homme de cœur, prit chez lui les enfants où ils passèrent chaudement la nuit. La mauvaise mère avait emmené avec elle une fillette de huit ans, qu’elle chérit du reste et qu’elle forme à son image. Cette femme âgée de 28 ans environ a une fort mauvaise réputation ; elle n’a ni ordre ni conduite et se livre à la boisson, laissant ses enfants dans la misère.
Son mari, qui travaille chez M. Barré, à Saint-Aquilin, n’étant que rarement chez lui, paraît n’avoir qu’une responsabilité relative dans l’acte commis, car on croit qu’il ignorait cette mauvaise action.
Après avoir ainsi abandonné ses enfants, la femme Pernelle a passé la nuit fort tranquillement chez une de ses amies de Pacy.
Grâce aux démarches bienveillantes de l’honorable juge de paix de Pacy, les enfants ont été admis provisoirement à l’hospice de cette localité, dès jeudi matin.
D’un autre côté, nous croyons savoir que le parquet d’Evreux poursuivra la triste femme, indigne du titre de mère.
Depuis quelques temps, les abandons d’enfants se produisent trop souvent ; il serait bon que la justice sévit avec énergie. De pareilles femmes ne sont pas dignes de pitié et nous demandons, quant à nous, une peine sévère contre la marâtre de Fains.

Le Courrier de l’Eure, 4 mars 1897

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extrait du journal Le Courrier de l’Eure du 4 mars 1897 (source : Pavillon Fleuri, Evreux)

Pacy – Les époux Pernelles habitaient à Fains, une maison incendiée le 25 juillet dernier et dont il ne restait plus que la cheminée, les quatre murs et le plancher. Cette maison ayant été vendu, les époux Pernelle durent quitter Fains, ce dont personne ne se plaignait. La femme partit donc un jour de la semaine dernière, emmenant ses cinq enfants. Elle alla jusqu’à Boudeville*, où travaille son mari, et , après entente avec ce dernier, elle revint à Fains vers huit heures du soir avec ses enfants.
Arrivée devant la maison de M. Ledoux, maire, elle laissa là quatre de ses plus jeunes enfants et se sauva aussitôt, sans dire à personne, emmenant sa fille aînée, âgée de sept ans. Le maire entendant les cris des pauvres abandonnés, les recueillit pour la nuit et les conduisit le lendemain à Pacy, où, par l’intermédiaire du juge de paix, ils ont été admis provisoirement à l’hospice jusqu’à leur admission à l’Assistance publique. M. le préfet et M. le procureur ont été aussitôt avisé du fait.
On ne saurait trop blâmer la conduite indigne de ces parents dénaturés, qui ont d’ailleurs dans le pays une très mauvaise réputation. Ils ont déjà été condamnés tous les deux plusieurs fois.

*Boudeville à Saint-Aquilin-de-Pacy

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extrait du journal Le Courrier de l’Eure du 18 mars 1897 (source : Pavillon Fleuri, Evreux)

Le Courrier de l’Eure, 18 mars 1897 

Tribunal correctionnel d’Evreux, Audience du jeudi 18 mars 1897

– Marie-Céline Miserey, femme Pernelle, 25 ans, journalière à Fains, et Charles Benjamin Pernelle, 36 ans, journalier à Saint-Aquilin-de-Pacy, abandon d’enfants âgés de moins de 7 ans et complicité, 2 mois de prison chacun, déchus de la puissance paternelle (défaut).

 

 


 

Pour en savoir plus :

P comme Pernelle

X comme série X

Décès insolite : Marie Céline Miserey

Félix : Mort pour la France

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Drame passionnel (suite)

 

 

Etant très curieuse de la fin tragique de Germain René Percebois (voir le premier article), j’ai profité d’un séjour dans ma Normandie natale pour aller consulter quelques journaux.

J’ai compulsé le Courrier de l’Eure et j’ai trouvé un article extrêmement détaillé concernant les faits. Comme quoi, multiplier les différents journaux peut être utile…

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Le drame de Caër

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Le Courrier de l’Eure, 18 mai 1909

Il n’est bruit à Evreux, depuis ce matin, que du drame qui s’est déroulé hier soir à Caër (commune de Normanville) et dans lequel un jeune homme passionnément épris d’une jeune fille s’est donné la mort après avoir tenté de la tuer à coups de revolver.
Voici les faits tels qu’ils résultent de notre enquête : Germain Percebois, âgé de vingt deux ans, demeurant avec ses parents rue Maillot, 34, devait partir au régiment au mois d’octobre prochain. Il avait fait connaissance dans un bal de Mlle Eugénie Lacôte, âgée de seize ans, journalière à Gravigny, et avait conçu pour elle une passion folle qu’il croyait partagée : il avait été convenu entre eux, en effet, qu’ils se marieraient à son retour du service militaire.
Samedi soir, le jeune homme se rendit à Caër et loua chez Mr Colombel, cafetier, route nationale d’Orléans à Rouen, une chambre où il passa la nuit seul, parait-il. Hier matin, il revint à Evreux, puis retourna à Caër au milieu de la journée.
Eugénie Lacôte le rencontra à bicyclette, vers une heure et demie, devant le café Colombel. Il lui offrit une consommation qu’elle accepta, puis tous deux allèrent se promener. Durant l’après-midi, ils revinrent plusieurs fois au café, où Eugénie s’amusa à la balançoire et dansa avec plusieurs de ses amies.
Au moment de se séparer, vers sept heures trois quarts du soir, les deux amoureux burent encore une bouteille de cidre bouché, après quoi ils sortirent ensemble sur la route. A ce moment, sans que rien eût pu faire soupçonner son criminel projet, Percebois sortit de sa poche un revolver et fit feu par trois fois sur la jeune fille. Celle-ci atteinte à la tête et au bras gauche, courut, tout ensanglantée, se réfugier dans la cour du café, tandis que le jeune homme, tournant l’arme contre lui-même, se faisait justice en se logeant deux balles dans la tête, l’une sous le menton, l’autre à la tempe droite, et roulait foudroyé sur la route.
Le drame avait été si rapide, que les époux Bourgon, au service de M. Colombel, accourus sur le seuil de la porte en entendant les premières détonations, virent sans avoir le temps d’intervenir, Percebois se tirer le deuxième coup de revolver et s’affaisser inanimé sur le sol.
On s’empressa autour de la jeune fille, dont les blessures étaient moins graves qu’on n’aurait pu le craindre. Les deux balles qu’elle avait reçues n’avaient sans doute pas une force de pénétration suffisante, ou avaient été tirées obliquement ; l’une entrée dans la nuque, avait glissé sur le crâne et était venue se perdre dans le cou, sans atteindre aucun organe essentiel ; l’autre était remontée le long du bras gauche, presque jusqu’à l’épaule, sans toucher à l’os. La vie d’Eugénie Lacôte n’est donc nullement en danger, à moins de complications que rien ne fait prévoir. La blessée est soignée au café Colombel, en attendant que son état permette de la transporter au domicile de ses parents.
Quelle est la cause de ce drame? Les motifs qui ont fait perdre la tête au malheureux Percebois et ont armé son bras contre celle qu’il aimait sont d’ordre trop intime et trop délicat pour être révélés ici. Disons seulement que, dans une lettre trouvée sur lui et adressée à ses parents, il leur demandait pardon du chagrin qu’il allait leur causer, et expliquait son acte désespéré par la perte de ses illusions au sujet de sa fiancée.

 


Pour information, la collection de journaux de la ville d’Evreux est conservée au Pavillon Fleuri, annexe de la médiathèque, qui conserve tout le fonds ancien.

Ce lieu est chargé d’histoire. Les époux Baudot y ont notamment résidé pendant la seconde guerre mondiale : Anne-Marie étant bibliothécaire et son mari, Marcel, archiviste départemental. Ils en firent l’un des sites de la Résistance pour le département.