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Surprise dans la presse

À l’occasion de la semaine de la presse, les archives départementales des Yvelines ont remis certains périodiques en ligne (certes non océrisés, comme cela l’était dans l’application Le Kyosque, mais c’est prévu ultérieurement…).

Grâce à cette mise en ligne, j’ai ENFIN pu commencer à rechercher des éléments dans Le Journal de Mantes. J’ai regardé rapidement des dates pour lesquelles j’avais connaissance d’éléments de jugement. J’ai ainsi pu trouver un complément d’informations via 3 articles de presse pour l’article P comme … Pernelle (mise à jour prévue ultérieurement).

J’ai également trouvé un nouvel élément pour lequel il faudra creuser concernant Jean-Baptiste Pernelle (père de Charles Benjamin).

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Archives départementales des Yvelines, PER 1060 – Journal de Mantes du 29 juillet 1892

DÉNONCIATION CALOMNIEUSE. – Pernelle, J.-B., 65 ans, ancien menuisier à Bennecourt, est inculpé d’avoir écrit au parquet des lettres anonymes et dénonciatrices contre un nommé Hurel, aujourd’hui à Paris. Des rapprochements faits de son écriture, de l’encre employée et de l’orthographe des dénonciations, il résulte, pour le tribunal, que Pernelle est bien l’auteur des dénonciations. Condamnation à 300 fr. d’amende et aux dépens.

Il ne me reste plus qu’à chercher ce jugement…

Je pense éplucher scrupuleusement Le Journal de Mantes, mes ancêtres me réservent encore quelques surprises…


Pour lire ou relire mes articles concernant mes ancêtres dans la presse : La mâratre de Fains , Drame passionnel : épisode 1 et épisode 2 , P comme Paris

Pour savoir ce que l’on peut chercher comme éléments pour sa généalogie dans la presse : guide Utiliser la presse ancienne en généalogie de Laurence-Abensur Hazan aux éditions Archives et culture.

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Noces de platine

À l’occasion des noces de platine de mes grands-parents (eh oui déjà 70 ans de mariage!), j’ai eu envie de raconter un peu leur histoire.

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Pépé, Colletion personnelle

Pépé (de son prénom Raymond) naît en mars 1928 à Évreux, chez ses parents, 79 rue de Paris. Son père travaille en tant que chauffeur de fours à la Compagnie du Gaz et sa mère ne travaille pas à ma connaissance. Il est le 4ème d’une fratrie de 5 enfants (3 filles, 2 garçons). Ils ne seront rapidement plus que 4 suite au décès de son frère aîné.

Sa maison est une maison d’ouvrier à bas coût qu’ils ont via la Compagnie du Gaz. Ils ont l’électricité en bas mais pas à l’étage, il ne faut pas gâcher car a priori, au moins pendant un temps, ce qu’ils ne dépensent pas en électricité leur permet d’avoir une « prime » en remboursement.
Pépé se débrouille pour avoir l’électricité dans sa chambre en bidouillant les fils et fait attention de tout bien cacher tous les matins. Ses sœurs l’accusent de bouffer le pétrole (utilisation de lampe à pétrole à l’étage) car elles voient tout le temps de la lumière sous la porte.

Il va à l’école Jean Moulin avec son cousin Claude ayant le même âge. Comme beaucoup de gamins ils font les cent coups ensemble par exemple le lancement de billes de buvard trempées dans l’encre dans le dos de leur instituteur.

Il se destine à travailler dans la mécanique, il travaille d’ailleurs pendant un temps dans un garage Renault ; malheureusement, la guerre éclate. Trop jeune pour aller au front, il devient aide dans une boulangerie. Il en profite pour chiper le pain réservé aux allemands.
Il travaille ensuite au mess des officiers à la kommandantur. Il décharge entre autres les camions de marchandises. Ce poste lui permet d’avoir un laissez-passer car cette mission le faisait rentrer après le couvre-feu. Il en profite pour se servir en denrées alimentaires dans les réserves allemandes : chocolat, poulet… Bref pépé se débrouille pour ne pas avoir faim 🙂


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Mémé, Collection personnelle

Mémé (de son prénom Germaine) naît en décembre 1930 à Évreux au domicile de ses parents, 127 rue David. Son père travaille ici et là tantôt en tant qu’emballeur, magasinier ou terrassier. Sa mère travaille en tant que tisserande mais surtout à l’hôpital de Saint-Michel (nettoyage des malades, changement des draps…). Elle est la 3ème d’une fratrie de 7 enfants (5 filles, 2 garçons). Ils déménagent rapidement au Champ d’Enfer.

Quand elle est jeune et encore plus pendant la guerre, elle aime aller braconner avec son père dans la forêt à côté de chez eux. Mon arrière-grand-père ramenait souvent du « lapin » sans tête  (en fait c’était des chats) et le serpent même coupé sautait encore dans l’assiette.

Vers 1944, elle travaille chez un gendarme du côté des Nouvelles Galeries, mais cela ne se passe pas bien. Elle travaille ensuite en tant que tisserande à l’usine Malatiré-Lecoeur.

Pendant la guerre, elle et sa famille parte en exode autour d’Évreux pour éviter les bombardements. Son plus jeune frère attrape d’ailleurs une méningite à cause de cela.


La rencontre

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Photographie de mes grands-parents lors de leur rencontre, collection personnelle

Tous les ans une fête foraine s’installe sur la place du Champ d’Enfer (au niveau de l’actuel collège Politzer). Mémé habite à côté et va sur la fête avec ses sœurs et son frère. Pépé quant à lui travaille sur la fête, notamment au manège de la chenille. C’est sur ce manège qu’ils se rencontrent en 1945.

Ils se fréquentent pendant 1 an et demi avant de se marier…

La famille

Ils se marient le 5 mars 1947 à l’âge respectif de 18 et 16 ans, mémé met au monde ma tante Jacqueline  6 mois plus tard.

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Photographie de mes grands-parents dans le bois de Saint-Michel, collection personnelle

Ils habitent à Évreux. Dans un premier temps, ils habitent au 34 rue des Lombards puis, vers 1957-58, ils font construire une maison dans le quartier des Dominicaines. En ce temps-là, il y n’a pas d’immeuble et encore beaucoup de champs, la ferme où ils s’approvisionnent en produits laitiers n’est d’ailleurs pas loin. Ils ont déjà 4 enfants.

Pépé travaille aux Usines de Navarre pendant 36,5 ans, jusqu’à sa retraite en 1988. Il s’y rend en mobylette, quand j’étais petite c’était toujours le cas. Aux usines, il conduit un « Clark », un élévateur pour le chargement et déchargement des marchandises.
Mémé quant à elle arrête rapidement de travailler (après son deuxième enfant) afin de s’occuper de sa nombreuse progéniture : 12 enfants au total (7 garçons, 4 filles + 1 fille morte-nėe) en l’espace de 26 ans.

Entre 1977 et 1979, mémé reçoit la médaille de la famille nombreuse.

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Photographie de mes grands-parents et d’une partie de leurs enfants et petits-enfants lors de la remise de la médaille de la famille nombreuse, Collection personnelle

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Photographie de ma grand-mère et de ses 6 premiers petits-enfants, années 70, Collection personnelle

Noces d’or
Une grosse réunion de famille se tient à l’occasion de leurs noces d’or. Ils repassent devant monsieur le Maire à cette occasion.

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Photographie de mes grands-parents entourés d’une partie de leurs enfants et quelques petits-enfants, 5 mars 1997 à la Mairie d’Evreux

Noces de platine

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Photographie de mes grands-parents, 5 mars 2017, Collection personnelle

Aujourd’hui nous avons fêté les noces de platine de mes grands-parents. Nous leur avons fait la surprise de les attendre au restaurant. Tout le monde ne pouvait pas être là, en effet à l’heure d’aujourd’hui, mes grands-parents ont 31 petits-enfants (âgés de 46 à 14 ans) et 18 arrières-petits-enfants (à ma connaissance) et un en route :p

Si on se regroupait tous on serait pas loin de la centaine…

Une journaliste est venue pour couvrir l’événement, on attend avec impatience de pouvoir lire l’article dans l’Eure Info et/ou la Dépêche  🙂

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Étoffer sa généalogie avec les délibérations du Conseil Municipal

Vous êtes-vous déjà intéressés aux délibérations du Conseil Municipal pour votre généalogie ? Moi oui! J’aime beaucoup cette source et la conseille volontiers en salle de lecture. Je vous propose donc de la découvrir ou la redécouvrir.

Les délibérations  du Conseil Municipal, qu’est-ce que c’est ?

Les délibérations et décisions communales consignent les débats, les votes et les décisions réalisées par le maire et son conseil municipal. La plupart des registres sont tenus depuis la Révolution française qui a érigée la commune en tant qu’entité administrative et territoriale de base du royaume (loi du 14 décembre 1789). Toutefois, pour certaines communes elles peuvent être plus anciennes.
On peut parfois trouver dans ces registres des arrêtés municipaux, l’enregistrement des lois, notamment dans les premières années révolutionnaires. Et aussi, celles qui sont super intéressantes d’un point de vue généalogique, les délibérations de la Commission administrative du Bureau de bienfaisance (les bureaux de bienfaisance sont gérés par la municipalité et ont la charge de l’assistance aux pauvres et déshérités (loi du 7 frimaire an V)).

Quelles informations peut-on y trouver?

Outre la connaissance de la vie municipale et la présence de nos ancêtres au Conseil Municipal, on peut trouver des informations telles que :
  • les achats de terrain pour les alignements,
  • les dons et legs,
  • la nomination et le traitement du garde champêtre et des instituteurs…
et le cas échéant :
  • les délibérations du bureau de bienfaisance : aide médicale, aide scolaire aux indigents…

Où peut-on consulter ces registres?

Les registres de délibérations se trouvent normalement aux archives municipales (en série D), mais elles peuvent également être déposées aux archives départementales…

Je vous propose de découvrir les délibérations en me penchant sur un même individu : Jean-Baptiste Georges Gabriel Pernelle (mon arrière-arrière-arrière-grand-père) via le registre de délibérations de la commune de Bennecourt, datant de 1881 à 1899.
Source : Délibérations du Conseil Municipal de Bennecourt  – Archives départementales des Yvelines, 48 E-Dépôt 11
  • Service médical des pauvres, état nominatif des personnes indigentes admises, en cas de maladie aux secours médicaux gratuits.
J’ai découvert que mon ancêtre Jean-Baptiste Georges Gabriel Pernelle, menuisier, avait eu recours au service médical des pauvres d’au moins de 1883 à 1898. Je sais donc qu’il était pauvre ET malade. Au passage, je découvre sur la liste de 1889, que celui-ci à un surnom : Jean-Baptiste dit Jambon Pernelle. Quel drôle de surnom!
Service médical des pauvres_1883

Assistance médicale en 1883 – AD78, 48 E-Dépôt 11, vue 49

Pernelle JB Jambon

Assistance médicale en 1889 – AD78, 48E-Dépôt 11, vue 201

  • Soutien de famille

L’article 22 de la loi du 15 juillet 1889 prévoit qu’en temps de paix, après un an de présence sous les drapeaux, peuvent être envoyés en congé dans leurs foyers, sur leur demande, jusqu’à la date de leur passage dans la réserve, les jeunes gens que remplissent effectivement les devoirs de soutiens indispensables de famille.

Le soutien de famille du 6ème enfant de Jean-Baptiste Georges Gabriel Pernelle me permet de connaître les conditions de vie assez rudes de mes ancêtres. J’apprends au passage qu’Edouard est également surnommé Jambon, comme son père.

Soutiens de famille Pernelle et Monnier, Délibération du 18 février 1892 – AD78, 48E-Dépôt 11, vues 295 et 296

Monsieur le Maire donne lecture d’une demande faite par le sieur Pernelle Jean-Baptiste demeurant en cette commune et d’une autre demande faite par le sieur Monnier Pier Joachim, à l’effet d’obtenir pour leur fils, conscrits de la classe 1891, la dispense prévue par l’article 22 de la loi du 16 juillet 1889. Il communique également au Conseil les certificats n°5 attestant la situation de famille de ces jeunes gens, et le certificat du percepteur contenant l’état des contributions payées par les réclamants.

Le Conseil Municipal

Vu la loi du 16 juillet 1889, article 22,

Considérant que le jeune Pernelle fait partie d’une famille composée de 7 enfants et le jeune Monnier d’une famille de 5 enfants. Que leurs pères et mères, âgés de près de 60 ans, n’ont plus les forces suffisantes pour se procurer les ressources nécessaires à la subsistance de leurs nombreuses familles.

Considérant que le sieur Pernelle père, quoique n’ayant plus qu’un enfant plus jeune que le déclarant voit sa charge aggravée par le malheur qui vient de frapper sa fille aînée restée veuve avec trois enfants et sans aucune ressources :

Que le sieur Monnier a aussi des charges qu’il ne peut supporter à lui seul et qu’il parait devoir être bientôt impotent.

Considérant que la somme d’impôts payés par les réclamants prouve assez leur état d’indigence.

Délibère à l’unanimité des membres présents, que les sieurs Pernelle Edouard et Monnier Joachim de la classe de 1891, doivent être considérés comme soutiens indispensables de leur famille et appelés comme tels à jouir de la dispense prévue par l’article 22 de la loi du 16 juillet 1889.

Soutien de famille, Pernelle Edouard Jambon, Délibération du 19 mars 1893 – AD78, 48E-Dépôt 11, vues 331 et 332

Monsieur le Maire donne lecture d’une lettre de M. le Préfet en date du 14 mars 1893 par laquelle il invite le Conseil Municipal à se réunir d’urgence à l’effet de délibérer sur une demande du sieur Pernelle Edouard, de la classe de 1891 qui désire être admis au bénéfice de l’article 22 de la loi du 15 juillet 1889.

Il dépose sur le bureau le certificat n°5 attestant la situation de famille du réclamant et indiquant le montant des contributions payées par son père :

Le Conseil Municipal

Vu l’article 22 de la loi du 15 juillet 1889

Considérant que le jeune Pernelle Edouard, fait partie d’une famille de sept enfants et que ses père et mère, âgés de plus de 60 ans, n’ont plus les forces suffisantes pour se procurer par leur travail personnel les ressources nécessaires à la vie :

Considérant que le sieur Pernelle père, quoiqu’un n’ayant plus qu’un enfant plus jeune que le réclamant voit sa charge aggravée par le malheur qui a frappé sa fille aînée, restée veuve avec trois enfants et sans aucunes ressources.

Considérant que la somme d’impôts payée par le père du réclamant prouve clairement son état d’indigence. Délibère à l’unanimité des membres présents que le jeune Pernelle Edouard de la classe 1891, doit être considéré comme soutien indispensable de sa famille et peut être admis à bénéficier de la dispense accordée par l’article 22 de la loi du 15 juillet 1889.

  • Echange de voirie commune avec le sieur Pernelle Jean Baptiste Georges Gabriel, Délibération du 24 février 1895- AD78, 48E-Dépôt 11, vues 371 et 372
 J’apprends via cette délibération que mon aïeul habitait à côté du Presbytère et que grâce à cet échange de voirie, il a contribué entre autre à l’assainissement des murs de l’église. Au passage cela me fait penser à rechercher un dossier d’hypothèque…
M. le Maire propose de faire un échange de voirie commune entre le sieur Pernelle Jean-Baptiste Georges Gabriel et le presbytère. Le but de cet échange serait d’ouvrir une voie publique allant du chemin vicinal de Bennecourt à Gommecourt, passant au presbytère et allant rejoindre le chemin de grande communication n°201 en donnant ainsi un passage nouveau autour de l’église et accès libre au Presbytère.
Le Conseil
Après s’être rendu sur les lieux afin d’étudier les avantages devant résulter de la proposition de M. le Maire. Considérant que l’exécution du projet facilitera de beaucoup les rapports du presbytère et que cette voie ouverte au public rendra de réels services aux habitants du quartier,
Considérant que les inhumations religieuses deviendront très faciles par suite de l’accès possible du corbillard chargé du transport des cercueils auprès de l’église. Considérant que l’enlèvement des terres qui encombrent l’Eglise procurera un grand assainissement à ses murs.
Délibère
1° le Maire est autorisé à faire le dit échange au mieux des intérêts communaux et à faire exécuter le plan des lieux
2° Il est autorisé aussi à prélever sur les dépenses imprévues de l’Exercice 1895, les frais occasionnés par le présent échange
3° le Conseil sollicite de M. le Préfet la dispense de purge légale et de transcription d’hypothèque
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V comme Vouziers

J’ai déjà mentionné Pierre Marie Le Goff et ses démêlés avec la  justice dans mon article H comme Le Havre.
L’affaire la plus intéressante que j’ai pu trouver sur lui a été jugée au Tribunal de Vouziers.
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Extrait du jugement de Pierre Marie Le Goff du 24 mars 1920 au Tribunal de Vouziers – Sources : Archives départementales des Ardennes, 8U825 et 8U845

Nous sommes le 29 février 1920  à l’entreprise Oréfice, située dans la commune de Monthois (Ardennes). Vers sept heures du soir, alors qu’ils sortaient tous de souper, les ouvriers de l’entreprise se rendent à leur baraquement pour se coucher. Pierre Marie Le Goff est alors ivre. Plusieurs de ses camarades disent que lorsqu’il est ivre, ce qu’il est souvent, il cherche querelle aux autres ouvriers,  il est mauvais et violent.
Chacun a sa version des faits.
Pierre Marie Le Goff relate les faits ainsi :  « je suis rentré au baraquement où couchent les ouvriers de l’entreprise, j’étais en état d’ivresse. A ma rentrée, sans provocation de ma part, le magasinier Drumel m’a insulté grossièrement et m’a porté plusieurs gifles sur la figure. Surexcité j’ai pris dans le poêle une bûche enflammée et j’en ai porté un coup à Drumel ; j’ignore où je l’ai atteint. Aussitot d’autres ouvriers m’ont mis dehors en me portant des coups de poing dans la figure et des coups de pieds dans les côtes. Je n’ai cherché querelle à personne ; c’est Drumel qui m’a provoqué.
J’étais ivre, mais pas hors de raison. Je n’ai pas vu si la bûche enflammée dont je me suis servi avait communiqué le feu aux effets et à la literie.« 
Les autres témoins ont quelques variantes :
Charles Edmond Drumel, 53 ans, charpentier à l’entreprise Oréfice, à Monthois, né à Mourmelon-le-Grand, arrondissement de Châlons-sur-Marne, le 23 janvier 1867, fils des feus Eugène et Gabreau Esther, veuf sans enfant, déclare :
« Hier vers 17 heures, le nommé Le Goff qui travaille à l’entreprise Oréfice, est rentré ivre au baraquement, où les ouvriers couchent en commun. A peine était-il rentré que cet homme a cherché querelle aux autres ouvriers. En ma qualité de garde magasin, à la dite entreprise, j’ai dit à Le Goff, d’aller se coucher et de laisser ses camarades tranquilles. A ce moment un ouvrier Louis Geoffroy, rentrait au baraquement, sans provocation, Le Goff a essayé de se jeter sur lui, pour le frapper. J’ai repoussé Le Goff, l’empêchant de porter des coups à Geoffroy. Surexcité, cet homme a saisi une bûche de bois, mesurant environ 1m60, qui se consumait dans un poêle, et m’en a porté un violent coup en haut, au dessus de l’oeil gauche, m’occasionnant une profonde blessure, et plusieurs brûlures.
Le morceau de bois avec lequel Le Goff m’a frappé, étant enflammé, des charbons s’en sont détachés et sont tombés tant dans mes vêtements que sur plusieurs lits. Mes effets et le matériel de couchage prenaient feu, et sans l’intervention d’autres ouvriers, le baraquement, où nous couchions aurait certainement été brûlé.
Lorsque Le Goff est rentré, il sortait du réfectoire de l’entreprise. Aucun ouvrier ne lui a dit quelque chose, c’est lui seul, qui a provoqué ses camarades et m’a frappé ensuite avec tant de brutalité.
Je souffre beaucoup et j’attends le docteur Mareschal demandé par téléphone.« 
Louis Geoffroy, 34 ans, manouvrier à l’entreprise Oréfice, demeurant actuellement à Monthois, domicilié à Montigny-le-Roi (Haute-Marne), déclare :
« Hier 29 février 1920, vers 19 heures, je rentrais au baraquement où couchent les ouvriers de l’entreprise Oréfice, lorsque j’ai trouvé Le Goff couché sur mon lit. J’ai dit à cet homme, bien posément, il faut vous retirer, pour que je me couche. Cet homme en état d’ébriété m’a dit aussitôt « Que dis-tu galopin, as-tu envie que je te casse la gueule » puis joignant l’action à la parole, il a essayé de me porter des coups de poing. Plusieurs camarades présents, notamment le garde magasin Drumel, ont repoussé Le Goff. Celui-ci furieux a retiré du poêle, une grande bûche de bois enflammée et en a porté un violent coup en bout à Drumel, au dessus de l’oeil lui faisant une grave blessure et de nombreuses brûlures. Par suite du choc, des charbons s’étant détachés de la bûche enflammée ont communiqué le feu à nos effets et au matériel de couchage ; sans notre intervention immédiate, le baraquement en planches aurait été brûlé. A la suite de cette scène, Le Goff a été expulsé du baraquement par ses camarades.
Legoff est un mauvais sujet, chaque fois qu’il est ivre, ce qui lui arrive fréquemment, il cherche dispute aux autres ouvriers.« 
Léon Frémeaux, 51 ans, journalier à l’entreprise Oréfice, demeurant à Monthois, sans domicile fixe, déclare :
« Le 29 février 1920, vers 19 heures, je me trouvais au baraquement, où logent les ouvriers de l’entreprise Oréfice, quand Legoff y est rentré en état d’ivresse. Cet homme, aussitôt, a cherché querelle aux ouvriers, comme il l’avait déjà fait dans l’après-midi ; nous ne lui avons pas répondu. Quelques instants après, Louis Geoffroy est rentré ; trouvant Legoff couché sur son lit, il lui a dit « il faut vous retirer » , Legoff l’a aussitôt insulté et a essayé de lui porter des coups de poing. Avec l’aide de Drumel, nous avons repoussé l’agresseur. Furieux Legoff a retiré d’un poêle, une bûche enflammée et en a porté un violent coup à Drumel l’atteignant à l’oeil gauche. Nous avons aussitôt expulsé Legoff du baraquement.
Des charbons s’étant détachés de la bûche, un commencement d’incendie s’était déclaré, dans nos effets et dans la literie. Nous l’avons éteint il est vrai, mais plusieurs effets, linge et literie, ont été détériorés. Plusieurs fois déjà Legoff à cherché querelle à ses camarades, c’est toujours lorsqu’il est ivre que des disputes arrivent. Il est mauvais et violent lorsqu’il a bu. »
Marius Elsensohn, 32 ans, terrassier à l’entreprise Oréfice, demeurant à Monthois, domicilié à Épinal, impasse du quai de juillet n°3 (Vosges), déclare :
« Le 29 février 1920, vers 19 heures, Legoff, en état d’ébriété, a cherché dispute, aux autres ouvriers. Prenant à partie le garde magasin [manque une page]
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Lettre de Pierre Marie Le Goff en date du 21 mars 1920 demandant au Procureur de lui fournir un avocat commis d’office – Sources : Archives départementales des Ardennes, 8U825 et 8U845

Néanmoins, lors du jugement de Pierre Marie, Charles Edmond Drumel est parti de l’entreprise sans laisser d’adresse.
Pierre Marie ajoute que le matin des faits, les autres ouvriers l’avaient provoqué.
Louis Geoffroy donne quelques éléments supplémentaires qui permettent de mieux comprendre l’état d’excitation de Pierre Marie : J’ai vu les faits, on rentrait de souper à la cantine, on allait nous coucher. Le Goff était sur mon lit, je lui dis je vais me coucher, il faut partir. Drumel était ainsi que Le Goff, en état d’ivresse. Le Goff voulait me frapper. Drumel l’avait menacé d’un fusil qui était dans son logement. Étant ivres tous deux, Le Goff voulait me frapper, Drumel [a sauvé], il a menacé de son fusil Le Goff étant allé le chercher, en a menacé Le Goff. Avant de recevoir le coup de buche de Le Goff, Drumel en avait menacé de son fusil Le Goff. Ce fusil était dans la chambre de Drumel et c’est après le coup de bûche que Drumel est allé chercher son fusil, mais avant de recevoir le coup de bûche, Drumel avait donné une gifle à Le Goff. La bûche était un grand chevron, qui était dans le poêle et qui sortait de 1m50 du calorifère. Le Goff m’avait menacé, mais pas frappé. Il a lancé la bûche enflammée, en la tenant, dans la figure de Drumel.
 
Pierre Marie sera condamné à 1 mois d’emprisonnement pour coups et blessures volontaires et incendie d’objets mobiliers appartenant à autrui.

Grace à ces dossiers j’ai également la description physique de Pierre Marie en 1920
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Signalement de Pierre Marie Le Goff – Sources : Archives départementales des Ardennes, 8U825 et 8U845

Signalement : taille 1m69, cheveux et sourcils châtain foncé, front intermédiaire, yeux bleus, nez rectiligne sinueux, bouche moyenne, visage ovale, menton allongé. M.P. tatouage sur le bras gauche, représentant deux drapeaux croisés, entourés d’une couronne de feuillage porte en haut classe 1895.
Un grand merci au fil d’ariane et à la personne qui a bien voulu me faire la recherche du jugement aux Archives départementales des Ardennes.
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N comme Nonancourt

Socrate Roger Percebois est un collatéral, il est le frère de mon arrière-grand-mère, Germaine Charlotte Céline Percebois.
Socrate naît le 31 janvier 1900 à Nonancourt (Eure) de Germain Juste Percebois et Marie Renée Le Levrier. Sa famille déménage sur Évreux dans les 4 années suivantes. Il est issu d’une fratrie de 8 enfants : 6 garçons et 2 filles.
Socrate est un patriote. Il s’engage d’ailleurs volontairement pour une durée de 4 ans le 28 août 1918 à la mairie d’Évreux.
Il effectue son service militaire dans plusieurs régiment de Génie. Il sera libéré du service actif le 28 août 1922.
Il se mariera d’ailleurs le 2 décembre 1922 à Évreux avec Jeanne Alphonsine Joséphine Breard.
Le 6 avril 1930, il est affecté spécial en tant que facteur mixte à Bueil, au titre de la Compagnie des Chemins de fer de l’état.
Le 18 novembre 1931, il est dégagé de toute obligation militaire vu qu’il est père de 5 enfants. Il en aura 10 en tout.
Lors de la seconde guerre mondiale, il servira la Résistance, d’abord en qualité d’agent P.I du 20 mai 1942 au 30 septembre 1944 au réseau « Action Vengeance » des F.F.C.
Il a ensuite servi dans les F.F.I. du 1er juillet au 25 août 1944 dans la formation « Eure libé nord Évreux ».
Il participera activement à la libération de la ville d’Évreux. Il sera d’ailleurs blessé au visage par une mine le 23 août 1944 à Melleville alors qu’il se portait à la rencontre des troupes américaines.
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3 F.F.I., Messieurs Cornu (préfet de l’Eure), Socrate Percebois (chef d’arrondissement d’Evreux) et Louis Hermier à la Préfecture de l’Eure – Source : Archives municipales d’Evreux, 6Fi1005

 

Il aura plusieurs distinctions :
– Citation « Chef militaire du groupe SNCF de l’Eure puis chef d’arrondissement à Evreux […] à l’éxécution du « Plan Vert » […] et destruction sur les voies ferrées. A participé aux opérations de la libération d’Evreux au cours de laquelle il a été blessé
– Croix de guerre avec étoile de bronze
– Croix du Combattant Volontaire 1939-1945
– Médaille d’Or d’Evreux

Ses descendants ont réalisé une cousinade il y a quelques années.

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J comme Jouy

Le canton de Jouy (Eure) nous amène dans les communes d’Hardencourt-Cocherel et d’Houlbec-Cocherel, ainsi que dans la commune de Saint-Germain-de-Fresney.

François Conard était meunier à Saint-Germain-de-Fresney.

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Acte de sépulture de François Conard, le 2 mai 1711 à Hardencourt-Cocherel – Source : Archives départementales de l’Eure, 8MI3702 vue 161

Jacques Conard était meunier du moulin de Monsieur de Vergnette à Hardencourt-Cocherel.

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Acte de sépulture de Jacques Conard, le 27 juin 1749 à Hardencourt-Cocherel – Source : Archives départementales de l’Eure, 8MI2145 vue 87

Le moulin d’Houlbec-Cocherel forme un site classé Monument Historique en 1943 avec le moulin qui lui fait vis à vis, sur la commune d’Hardencourt-Cocherel (canton de Jouy-sur-Eure).

En 1011, Raoul, comte d’Ivry, donne aux moines de Saint-Ouen deux moulins sur l’Eure, avec la pêcherie dans le lieu nommé Cocherel. L’édifice actuel date probablement de la fin du 18e siècle.

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Les moulins de Cocherel sur les communes d’Hardencourt et d’Houlbec – Source : Flickr

Sur la fiche de la base Mérimée du moulin d’Houlbec-Cocherel, il est mentionné qu’il a été exploité par un meunier Miserey, en 1838. Tiens, tiens… encore une piste à suivre …

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I comme Irai

La quête des origines du couple François Vallée et Marie Joséphine Léger m’a mené sur 3 départements différents.
Je les ai croisé pour la première fois pour le mariage de leur fille Alexandrine Eugénie avec Adolphe Victor Dufour le 9 janvier 1860 à Saint-Nicolas-d’Attez (Eure).
Via l’acte de mariage j’apprends qu’Alexandrine Eugénie est née le 27 janvier 1835 dans la commune de Moussonvilliers (Orne). Ses parents y habitent d’ailleurs encore. Un des témoins se trouve être le frère d’Alexandrine : Toussaint, 27 ans, qui habite à Saint-Christophe-sur-Avre (Eure).
Leur fille étant née à Moussonvilliers, j’ai recherché leur mariage dans cette commune mais cela aurait été trop simple.
J’ai leur ai trouvé 6 enfants nés entre 1827 et 1845 à Moussonvilliers mais aucune trace de leur mariage.
Loin de me laisser abattre j’ai mené l’enquête par l’autre bout : la recherche de leurs décès.
Bien entendu ils ne sont pas décédés à Moussonvilliers cela aurait trop facilité la tâche. Il m’a fallu chercher les mariages et décès de certains des enfants pour les pister.
Il ressort que le couple a vécu d’environ 1827 à au moins 1860 à Mousssonvilliers. Lors du décès de leur fils François Toussaint en 1871, ils habitaient à Saint-Christophe-sur-Avre (Eure) et en 1872, lors du deuxième mariage de leur fille Marie Joséphine, ils habitaient à Rohaire (Eure-et-Loir). François y est d’ailleurs décédé le 27 mars 1875. Je n’ai pour l’instant pas trouvé le décès de sa femme.
L’acte de décès de François m’a permis de connaitre sa commune de naissance qui se trouve être la commune de Irai (Orne).
AD28_Roahire_3E316_008_vue54_VALLEE_Francois_D_2

Décès de François Vallée – Source : Archives départementales d’Eure-et-Loir, 3E316/008, vues 53 et 54

J’ai donc centré ma recherche entre les communes de Moussonvilliers et d’Irai pour enfin trouver leur mariage dans la commune de La Poterie-au-Perche (Orne).