5

La mâratre de Fains

 

De retour avec le couple Charles Benjamin Pernelle et Marie-Céline Miserey. Je vous propose de découvrir un pan de leur histoire à travers la presse.

Nous sommes à Fains, commune de l’Eure. Le couple après avoir vécu à Bennecourt (commune des Yvelines) est venu habiter dans cette commune, d’où est originaire la famille de Marie Céline.

Pour rappel, Marie-Céline a subi 6 grossesses en l’espace de 6 ans. Le couple était dans une misère terrible, devant voler des pommes de terre dans un champ, par exemple. Marie-Céline restait souvent seule à la maison avec ses enfants, son mari habitant sur son lieu de travail (à Saint-Aquilin-de-Pacy). Elle avait des problèmes avec la boisson, elle avait d’ailleurs était condamnée pour escroquerie pour récupérer de la nourriture mais aussi de l’eau de vie.  Sa maison ayant brûlée en juillet, elle y a pourtant passé 7 mois avec 5 enfants de moins de 7 ans alors qu’elle n’avait plus de toit. Après 7 mois dans cette misère elle craque et abandonne 4 de ses enfants. Qui pourrait l’en blâmer? la population et la presse apparemment…

L’Avenir de l’Eure, 27 février 1897

Avenir de l'Eure_27 février 1897

extrait du journal L’Avenir de l’Eure du 27 février 1897 (source : Archives départementales de l’Eure, 55X378)

La Marâtre de Fains
Mercredi soir, une femme nommée Pernelle, habitant à Fains, canton de Pacy-sur-Eure, conduisait quatre de ses enfants devant la maison du maire et les abandonnait là. Les deux plus petits, âgés de huit mois et de deux ans, étaient couchés dans une petite voiture ; les deux autres, dont l’aîné compte à peine cinq ans, se tenaient auprès de leurs petits frères. Le plus âgé avait à la main un billet contenant ces mots adressés à l’honorable maire de Fains, M. Ledoux : « Je vous envoie mes enfants, faite-en ce que vous voudrez ». Les cris des petits attirèrent bientôt les voisins et ce fut une indignation chez tous les habitants du pays en apprenant ce qui venait de se passer.
M. Ledoux, en homme de cœur, prit chez lui les enfants où ils passèrent chaudement la nuit. La mauvaise mère avait emmené avec elle une fillette de huit ans, qu’elle chérit du reste et qu’elle forme à son image. Cette femme âgée de 28 ans environ a une fort mauvaise réputation ; elle n’a ni ordre ni conduite et se livre à la boisson, laissant ses enfants dans la misère.
Son mari, qui travaille chez M. Barré, à Saint-Aquilin, n’étant que rarement chez lui, paraît n’avoir qu’une responsabilité relative dans l’acte commis, car on croit qu’il ignorait cette mauvaise action.
Après avoir ainsi abandonné ses enfants, la femme Pernelle a passé la nuit fort tranquillement chez une de ses amies de Pacy.
Grâce aux démarches bienveillantes de l’honorable juge de paix de Pacy, les enfants ont été admis provisoirement à l’hospice de cette localité, dès jeudi matin.
D’un autre côté, nous croyons savoir que le parquet d’Evreux poursuivra la triste femme, indigne du titre de mère.
Depuis quelques temps, les abandons d’enfants se produisent trop souvent ; il serait bon que la justice sévit avec énergie. De pareilles femmes ne sont pas dignes de pitié et nous demandons, quant à nous, une peine sévère contre la marâtre de Fains.

Le Courrier de l’Eure, 4 mars 1897

Courrier de l'Eure_4 mars 1897

extrait du journal Le Courrier de l’Eure du 4 mars 1897 (source : Pavillon Fleuri, Evreux)

Pacy – Les époux Pernelles habitaient à Fains, une maison incendiée le 25 juillet dernier et dont il ne restait plus que la cheminée, les quatre murs et le plancher. Cette maison ayant été vendu, les époux Pernelle durent quitter Fains, ce dont personne ne se plaignait. La femme partit donc un jour de la semaine dernière, emmenant ses cinq enfants. Elle alla jusqu’à Boudeville*, où travaille son mari, et , après entente avec ce dernier, elle revint à Fains vers huit heures du soir avec ses enfants.
Arrivée devant la maison de M. Ledoux, maire, elle laissa là quatre de ses plus jeunes enfants et se sauva aussitôt, sans dire à personne, emmenant sa fille aînée, âgée de sept ans. Le maire entendant les cris des pauvres abandonnés, les recueillit pour la nuit et les conduisit le lendemain à Pacy, où, par l’intermédiaire du juge de paix, ils ont été admis provisoirement à l’hospice jusqu’à leur admission à l’Assistance publique. M. le préfet et M. le procureur ont été aussitôt avisé du fait.
On ne saurait trop blâmer la conduite indigne de ces parents dénaturés, qui ont d’ailleurs dans le pays une très mauvaise réputation. Ils ont déjà été condamnés tous les deux plusieurs fois.

*Boudeville à Saint-Aquilin-de-Pacy

Courrier de l'Eure_18 mars 1897

extrait du journal Le Courrier de l’Eure du 18 mars 1897 (source : Pavillon Fleuri, Evreux)

Le Courrier de l’Eure, 18 mars 1897 

Tribunal correctionnel d’Evreux, Audience du jeudi 18 mars 1897

– Marie-Céline Miserey, femme Pernelle, 25 ans, journalière à Fains, et Charles Benjamin Pernelle, 36 ans, journalier à Saint-Aquilin-de-Pacy, abandon d’enfants âgés de moins de 7 ans et complicité, 2 mois de prison chacun, déchus de la puissance paternelle (défaut).

 

 


 

Pour en savoir plus :

P comme Pernelle

X comme série X

Décès insolite : Marie Céline Miserey

Félix : Mort pour la France

1

Félix : Mort pour la France

Parmi les quelques morts pour la France lors de la Première Guerre Mondiale présents dans ma généalogie, j’ai choisi de vous parler de Félix. Ce n’est pourtant pas un aïeul direct, alors pourquoi lui? Car Félix avait 2 ans lorsqu’il a été abandonné avec ses frères et sœurs, il a donc eu un début de vie un peu compliquée…

Félix Amédée Benjamin Pernelle est né le 6 mai 1895 à Fains (Eure) de Charles Benjamin Pernelle et Marie Céline Miserey (pour en connaitre un peu plus sur sa famille, voir les articles P comme Pernelle, X comme Série X, Acte insolite : décès de Marie Céline Miserey).

Félix a eu de nombreux lieux d’habitation dans sa vie : les placements en nourrices puis en familles/patrons entrecoupés de quelques séjours à l’hospice.

Avant d’être envoyé sous les drapeaux, Félix écrit à l’Inspecteur :

Roman le 2 novembre 1914
Monsieur l’Inspecteur
Comme je suis appelé sous les drapeaux et que je suis bon pour le service je vous prie de bien vouloir m’accorder ma gagne que j’ai entre vos mains et maintenant je me considère comme majeur je tiendrais à pouvoir disposer de mon argent pour mes besoins. Je vous prie de me répondre de suite si je peux la toucher car je m’attends partir d’ici peu de temps. Recevez Monsieur mes Sincères Salutations.
Votre Pupille
Pernelle Félix à Roman Eure

Au début de son engagement il a l’occasion d’écrire deux fois à l’Inspecteur. La dernière lettre est écrite seulement 2 semaines avants son décès.

Rouen le 22 Décembre 1914
Monsieur
Je vous envoie de mes nouvelles pour vous faire savoir que je sui arrivé sous les Drapeaux. J’ai quitté ma place pour aller verser mon sang pour la France. Je ne sui pas bien malheureux mais je ne suis pas pour il resté je retournerai dans un autre régiment pour Etrépagny et la semaine probablement. Je serrai content que vous me donne l’adresse à Gremont Paul qui est soldat. Et je vous prie de bien vouloir me donner des nouvelles de mes frères et de ma soeur d’ait que je aurrai ecrie qu’and je serrai entré dans ma mon autre régiment qu’a je vouderai bien savoir si mes frères sont sous les Drapeaux avant de partie à la guerre parce que je me voir l’âge de magerite.
Resever mes salutation sinceres.
Voilà mon adresse pour le moment
Félix Pernelle au 14 régiment d’Infanterie 30 Compagnie Dépôt Rouen

Chauvincour le 1 Janvier 1915
Monsieur
Je vous ecrie quelques mots vous faire savoir que je suis arriver dans notre châteaux. vous serrai bien aimable de me donné des nouvelles de mes frère et ma soeur et de celui que je vous dissaient le mome Gremont Paul qui est soldat. Je suis bientôt partir au feu pour défendre mon pays dans 2 ou 3 moi pour y allé au feu. Mes chefs du régiment ma demander a qui il faller écrie en qu’a de danger, je leur est dire qui vous écrive.
Maintenant je ne trouve pluis rien à vous dire pour le moment.
Je vous souhaite a tous une bonne et heureuse année. Recever mes Salutation sincères.
Pernelle Félix
au 74eme régiment d’Infanterie 3eme Compagnie 12eme Escouade à Chauvincour par Etrepagnie Eure

Lui qui pensait aller au feu n’en a même pas eu l’occasion. Il décédera le 16 janvier 1915 à l’hôpital auxiliaire 11bis d’Etrépagny (Eure) des suites de maladie : méningite cérébro-spinale comme l’atteste sa fiche sur le site Mémoire des hommes. Il recevra malgré tout la Croix de guerre.

Chose étonnante : ses deux frères et sa sœur encore vivants apprennent sa mort plus d’un an plus tard …

La Millerette 20-11-1916
Monsieur l’Inspecteur
Excusez moi de la liberté que je prend de vous envoyez cette petite; Ayant mes deux frères en permissions chez moi en ce moment, et comme nous étions sans nouvelle de notre frère Félix Pernelle comme nous ancien pupille de l’assistance publique nous avons était voir ses anciens patrons qui nous ont qu’il était mort des fièvres typhoïdes à un hôpital de Rouen, voila quatorze ans que nous avions était sans nouvelles de lui. Je vous prierait Monsieur de me dire s’il était quitte envers vous de l’assistance publique, au sujet de livret d’argent et d’effets.
Recevez Monsieur l’inspecteur toutes nos salutations distingués.
Marguerite Puren fille Pernelle
Mr Pernelle Alfred
Mr Pernelle Louis
Je vous prierait Monsieur de me faire réponse le plutôt possible.