Mes armuriers, pensionnés d’état … ou pas

Les articles 23 à 27 de la loi du 19 août 1792 relative aux Manufactures nationales d’Armes de guerre prévoit une pension de retraite pour les ouvriers.
Il faudra pour cela avoir travaillé 30 ans pour l’Etat dans les manufactures nationales d’armes de guerre, et avoir 50 ans d’âge. La pension sera bien entendue proportionnelle aux types de services rendus mais aussi de sa conduite.
S’il est maître, il pourra avoir entre 250 et 300 livres, s’il est compagnon ce sera entre 150 et 200 livres.
Les interruptions de service, autres que pour chômage des manufactures ou absence avec permission du conseil de l’administration, ou maladies constatées par certificats authentiques, ne seront pas comptées dans les trente années exigées, et les services ne pourront compter qu’à commencer de l’âge de seize ans révolus.
Pour pouvoir obtenir sa pension seulement s’il présente et fait recevoir à sa place, par le conseil d’administration, un compagnon ou un élève capable de le remplacer ou avoir formé 2 ou 3 apprentis dans son atelier ou dans sa forge, pendant 3 ans.

Certains des mes armuriers ayant travaillé à la manufacture du Klingenthal ont réussi à obtenir une pension, comme il est mentionné sur la généalogie des armuriers réalisée par l’association pour la Sauvegarde du Klingenthal.

Je retrouve ainsi 4 pensionnés, tous forgeurs de lames. L’un d’entre eux, Jean Schneider immigrera à Châtellerault, il y décède en 1852.

Extrait de la base généalogique des armuriers du Klingenthal, réalisée par l’Association pour la Sauvegarde du Klingenthal

Mais en ce qui concerne mes armuriers de Châtellerault, ont-ils également eu droit à la retraite, sachant qu’ils étaient pour la plupart des armuriers libres, c’est à dire des ouvriers non-engagés?

Le 27 août 1814, une ordonnance confirme le droit à la retraite des armuriers des manufactures, comptant l’ancienneté à partir de l’âge de 16 ans et divisant les ouvriers en 3 classes : les soldats détachés, les civils engagés pour 4 à 8 ans et les « libres », ouvriers non-engagés.

Le 12 mars 1819 paraît l’ordonnance qui fixe le statut des ouvriers pour le siècle. Il faut être immatriculé pour avoir droit à la retraite.
Les maîtres doivent avoir formé des élèves de leur profession. Ce droit est acquis après 30 ans de service et 50 ans d’âge, quelle que ce soit la durée du service au cas où l’ouvrier serait victime au travail d’une mutilation le mettant hors d’état de gagner sa subsistance, après 15 ans de service lorsque des infirmités constatées dans les établissement l’empêchent de continuer sa profession.
Des majorations de 1/20 par année de service sont prévues au delà de 30 ans et en cas de mutilation. Le maximum de pension de 400 francs pour un maître et 300 francs pour un ouvrier. En cas d’invalidité, elle est respectivement de 200 francs et 150 francs.
Le temps de service est compté à partir de l’âge de 20 ans. Les ouvriers libres peuvent recevoir des secours ou même une pension, mais à la discrétion de l’inspecteur général.

Le 19 août 1826, les maîtres aiguiseurs demandent la pension à 40 ans d’âge et 20 ans de service ainsi que la reversion des pensions ou tout du moins la moitié à leur veuve afin de pouvoir payer les dettes contractées pendant et à raison de leur maladie, et secourir leurs enfants pendant leur bas âge, faveur que quelques veuves ont en vain sollicitée plusieurs fois  (voir Maladie chez les armuriers).

J’imagine mal la plupart de mes Schneider de Châtellerault avoir une pension puisque ces dernières sont à la discrétion de l’inspecteur général, mais n’ayant pas encore pu effectuer ces recherches, il me reste à le découvrir…

Néanmoins, j’ai la preuve qu’au moins un d’entre eux en a reçu une, ou tout du moins sa veuve. En effet, le 11 décembre 1897, Barbe Schütz, veuve de Michel Schneider reçoit une somme de 550 francs correspondant à la pension dont il était entré en jouissance le 11 septembre 1897.

Sources :

Généalogie des armuriers du Kligenthal par l’Association de la Sauvegarde du Klingenthal

Loi relative aux Manufactures nationales d’Armes de guerre, donnée à Paris, le 19 août 1792, articles 23 à 27

LES ARMURIERS DE L’ÉTAT, Du Grand Siècle à la globalisation 1665-1989 – Patrick Mortal

Gallica, Journal officiel, 17 décembre 1897

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