Le café militaire

Au gré des actes notariés, j’en ai appris un peu plus sur le café-cabaret que tenait mes aïeux Séraphin Schneider et Honorine Chevalier.

Ainsi j’apprends que cette maison est située place Blossac et proche de la rue de la Promenade. Elle joint du levant et midi à Madame Letour et ses enfants (puis par la suite Monsieur Lelouet et Monsieur Loriot), du couchant au boulevard Blossac et du nord la ruelle à Poupaut.
Elle consiste en :
– quatre pièces au rez-de-chaussée : une salle de café, un salon et une cuisine à la suite, un autre petit salon et un cabinet en face de la salle séparé de celle-ci par un corridor
– quatre pièces au premier étage dont 3 chambres et un cabinet
– un grenier sur le tout
– une cave et caveau voûtés
– une boutique ou atelier, petite cuisine à côté, chambres hautes et greniers au dessus non encore achevés
– cour, puit et latrines.

Cette demeure provient de la succession de la mère d’Honorine Chevalier, Jeanne Lamontagne Texier, qu’elle récupère au gré d’une vente par licitation 29 février 1832, ratifiée le 9 mars 1834.

Le café est tenu depuis environ 1843 (voir Boit-sans-soif) jusqu’à 1854. En effet, suite au décès d’Honorine Chevalier, la maison est mise en vente pour régler sa succession. Une obligation en date du 15 janvier 1845, m’apprend qu’il porte le nom de Café militaire. Cette information me permet de le retrouver sur les plans cadastraux.
Il s’avère a priori que son frère Jean-Baptiste et sa femme Magdeleine Baron participe à cette activité. Ils sont inscrits dans la liste générale des commerçants patentés depuis plus de cinq ans pour élire les juges au tribunal de commerce du 28 août 1848.

Extrait du plan du cadastre napoléonien, Section F, feuille 2, parcelle 1060

Dans l’inventaire après décès d’Honorine, on apprend que dans la salle de café se trouvaient :


Art. 32 : Sept tables couvertes de toile cirée, une autre grande table couverte de la même manière, le tout prisé dix-huit francs
Art. 33 : Vingt-huit tabourets appréciés quatorze francs
Art. 34 : Quatre petits rideaux de croisée en mousseline, appréciés deux francs
Art. 35 : Deux quinquets et une petite tête de lampe en cuivre, appréciés un franc cinquante centimes
Dans une autre petite salle en face de celle qui précède, il s’est trouvé :
Art. 36 : Deux tables couvertes en toile cirée, appréciés quatre francs
Art. 37 : Sept tabourets appréciés trois francs cinquante centimes
 Art. 73 : Trois fûts de barriques contenant sept cent cinquante litres de vin rouge de la récolte de mil huit cent cinquante-trois provenant des crûs de couture et de Lapaire, appréciés non compris les fûts, trois cent soixante francs
Art. 74 : Dix-neuf litre de vin rouge appréciés avec les bouteilles, la somme de onze francs quarante centimes
Art. 75 : Un fût de barrique vide apprécié deux francs
Art. 76 : Quarante litres de bière appréciés douze francs.

On apprend également la liste des clients qui ont une ardoise chez eux pour consommations à leur café :


1° Par Mr Mesmin Contencin, trois francs quarante centimes pour consommation à son café
2° Par Mr Léon Frappier dix francs quarante centimes pour les mêmes causes
3° Par Chevalier Desmoulin trois francs quinze centimes pour les mêmes causes
4° Par Mr Aubonneau dit Fortuné père, quatre francs cinquante centimes pour les mêmes causes
5° Par le Sr Boutet-Briault six francs quatre vingt quinze centimes, pour les mêmes causes
6° Par Gallois coiffeur deux francs quatre vingt centimes pour les mêmes causes
7° Par Pernet quatre francs soixante centimes pour les mêmes causes
8° Par Cibert Bauget cinq francs vingt centimes pour les mêmes causes
9° Par Mr Bachellier Dubois huit francs quatre vingt dix centimes pour les mêmes causes
10° Par Clerc menuisier pour les mêmes causes, seize francs.

Sources aux Archives départementales de la Vienne :
Minutes passées devant Maitre Paul Emile Chasteau, en résidence à Châtellerault :
– 4E18 273 – Minute en date du 29 février 1832 ,Vente par licitation pour Honorine Chevalier
– 4E18 287 – Minute en date du 9 mai 1841, Vente par Schneider à Garnier
– 4E18 295 – Minute en date du 15 janvier 1845, Obligation de Schneider envers Richard
– 4E18 309 – Minutes du 3 décembre 1854, Inventaire après décès d’Honorine Chevalier et Dépôt du cahier des charges
4Q658, volume 155 – Registre des hypothèques, transcription de l’acte de mutation suite à la vente Schneider
4P 5409-5417 – Plans du cadastre napoléonien, Section F, feuille 2, parcelle 1060
Revue d’histoire du pays châtelleraudais, revue du CCHA, n°22 de décembre 2011, page 36

5 réflexions sur “Le café militaire

  1. Passionnant ! J’aime énormément les inventaires après décès, mais dans le cas présent, pour un café, c’est la première fois que j’en vois un. Passionnant car on s’imagine bien rentrer à l’intérieur, s’assoir à une table revêtue d’une toile cirée…
    Ça me donne envie de rechercher les inventaires des propriétaires de commerces ou artisans des villages de mes ancêtres. Cela me permettrait de mieux imaginer leur quotidien ! Encore une nouvelle idée ! Merci !

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