Conditions de vie à Bennecourt

Grâce à la monographie de l’instituteur réalisée en 1899 (source : Archives départementales des Yvelines, 1T mono 2/6), nous avons un portrait (orienté comme vous le verrez) des bennecourtois :

Bennecourt, entrée du village

Bennecourt, près Bonnières-sur-Seine – L’Entrée du Pays, source : Archives départementales des Yvelines, 137J 145/18

Etat physique et moral des habitants

L’habitant de Bennecourt est robuste, de taille au dessus de la moyenne, actif, laborieux, économe, bienveillant, bon époux et excellent père de famille, mais proche de ses intérêts.

Il est de plus intelligent et observateur.

La femme s’y livre aux travaux champêtres les plus rudes avec une grande ardeur. Vêtue d’un simple jupon, sans camisole ni corset, elle « houe » dans les vignes  par les chaleurs les plus fortes sans paraître en souffrir.

Habitations

Le logement se compose en général d’un rez-de-chaussée formant une ou deux pièces avec chambres au dessus. Lorsque celles-ci font défaut, les enfants couchent dans une alcôve souvent très exiguë. Outre le principal logement, le cultivateur a une cave creusée dans le roc et de grandes dimensions ou il met sa boisson, ses pommes de terre, ses betteraves, etc puis une grange, une étable, une écurie, un toit à porcs et un poulailler. La cour est petite et le jardin fait défaut presque partout.

La plupart des maisons sont cependant bien construites et dune façon régulière. L’air et la lumière y pénètrent facilement ; elles sont couvertes en tuiles ou en ardoises. (Il n’y a plus une seule maison couverte en chaume).

Les habitations des rentiers sont coquettes et entourées d’un jardin d’agrément.

Nourriture et boisson

La nourriture est généralement abondante, substantielle et saine. Elle se compose de lait, de légumes, de viande de porc, de veau, de mouton et de bœuf.

La boisson ordinaire est le cidre, la piquette et surtout le vin, liqueur favorite quand elle provient du pays même. Aux yeux de nos vignerons, aucun cru n’égale le petit vin de Bennecourt. Il est juste d’ajouter que ce produit de nos coteaux est délicieux lorsque les maladies cryptogamiques n’ont pas fait trop de ravage et que le raisin a bien mûri.

Habillement

Il était autrefois facile de reconnaître l’habitant de Bennecourt à sa petite blouse de toile en été, de laine en hiver. Aujourd’hui cette mode a presque entièrement disparu et le gilet à manches est apparu pour les jours de travail. Le dimanche et les fêtes, la coutume de la ville s’est implantée et le paletot ou l’habit ont remplacé l’antique sarrau court sans aucun souci des règles de l’hygiène.

Sans être aussi coquettes que les citadines, nos villageoises aiment à se parer gentiment. Les jours de fête surtout, les dames de la ville se distinguent difficilement au milieu des femmes de la campagne. Ces dernières ont cependant sur les premières l’avantage de la force et des vives couleurs.

Langage

Le langage est assez pur grâce à l’instruction primaire largement répandu depuis la loi du 28 mars 1882. Il existe cependant encore chez nous un ton lent et traînant de la parole qui trahit l’idiome normand et certaines expressions ou barbarismes don’t il faut nous débarasser à tout prix.

Exemples :

On prononce :

1° certains mots en eau comme s’ils étaient terminés en iau, biau pour beau, siau pour seau ;

2° certains mots en eur comme s’ils étaient terminés en eux, menteux pour menteur, tricheux pour tricheur ;

3° la syllabe ar comme er, cherrue pour charrue ;

4° certains mots en ier ou ière comme s’ils étaient terminés en quier ou en quière, morquié pour mortier, tabaquière pour tabatière ;

5° L’e fermé est souvent remplacé par l’e ouvert, marchè pour marché, pelletèe pour pelletée, bouchèe pour bouchée ;

6° dans les verbes, on emploie le pronom je pour le pronom nous à la première personne du pluriel, j’avons, j’irons pour nous avons, nous irons.

Les expressions corrompues les plus employées sont :

ben pour bien
bentôt pour bientôt
bloucle pour boucle
castrolle pour casserole
collidor pour corridor
cor pour encore
coïer pour collier
mitan pour milieu
errière pour arrière
gromand pour gourmand
lèvre ou lieuvre pour lièvre
itou pour aussi
j’ous-ti-ri pour avons nourri
la chaud pour le chaud
la froid pour le froid
mon cravate pour ma cravate
mule de blé pour meule de blé
ormoire pour armoire
sau pour saule
tabellier pour tablier
tatôt pour tantôt
tertous pour tous
tu crais pour tu crois
un noix pour une noix
vadange pour vendange
v’là pour voilà.
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6 réflexions sur “Conditions de vie à Bennecourt

  1. Les « déformations » du langage me plaisent beaucoup… Très belle idée de réaliser un challenge autour d’un lieu : une idée que je retiendrais peut-être pour 2018…
    Bonne continuation et bon challenge.
    Françoise

    Aimé par 1 personne

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