V comme Vouziers

J’ai déjà mentionné Pierre Marie Le Goff et ses démêlés avec la  justice dans mon article H comme Le Havre.
L’affaire la plus intéressante que j’ai pu trouver sur lui a été jugée au Tribunal de Vouziers.
08_Vouziers_8U825 et 845_LEGOFF_PierreMarie_jugement (2)

Extrait du jugement de Pierre Marie Le Goff du 24 mars 1920 au Tribunal de Vouziers – Sources : Archives départementales des Ardennes, 8U825 et 8U845

Nous sommes le 29 février 1920  à l’entreprise Oréfice, située dans la commune de Monthois (Ardennes). Vers sept heures du soir, alors qu’ils sortaient tous de souper, les ouvriers de l’entreprise se rendent à leur baraquement pour se coucher. Pierre Marie Le Goff est alors ivre. Plusieurs de ses camarades disent que lorsqu’il est ivre, ce qu’il est souvent, il cherche querelle aux autres ouvriers,  il est mauvais et violent.
Chacun a sa version des faits.
Pierre Marie Le Goff relate les faits ainsi :  « je suis rentré au baraquement où couchent les ouvriers de l’entreprise, j’étais en état d’ivresse. A ma rentrée, sans provocation de ma part, le magasinier Drumel m’a insulté grossièrement et m’a porté plusieurs gifles sur la figure. Surexcité j’ai pris dans le poêle une bûche enflammée et j’en ai porté un coup à Drumel ; j’ignore où je l’ai atteint. Aussitot d’autres ouvriers m’ont mis dehors en me portant des coups de poing dans la figure et des coups de pieds dans les côtes. Je n’ai cherché querelle à personne ; c’est Drumel qui m’a provoqué.
J’étais ivre, mais pas hors de raison. Je n’ai pas vu si la bûche enflammée dont je me suis servi avait communiqué le feu aux effets et à la literie.« 
Les autres témoins ont quelques variantes :
Charles Edmond Drumel, 53 ans, charpentier à l’entreprise Oréfice, à Monthois, né à Mourmelon-le-Grand, arrondissement de Châlons-sur-Marne, le 23 janvier 1867, fils des feus Eugène et Gabreau Esther, veuf sans enfant, déclare :
« Hier vers 17 heures, le nommé Le Goff qui travaille à l’entreprise Oréfice, est rentré ivre au baraquement, où les ouvriers couchent en commun. A peine était-il rentré que cet homme a cherché querelle aux autres ouvriers. En ma qualité de garde magasin, à la dite entreprise, j’ai dit à Le Goff, d’aller se coucher et de laisser ses camarades tranquilles. A ce moment un ouvrier Louis Geoffroy, rentrait au baraquement, sans provocation, Le Goff a essayé de se jeter sur lui, pour le frapper. J’ai repoussé Le Goff, l’empêchant de porter des coups à Geoffroy. Surexcité, cet homme a saisi une bûche de bois, mesurant environ 1m60, qui se consumait dans un poêle, et m’en a porté un violent coup en haut, au dessus de l’oeil gauche, m’occasionnant une profonde blessure, et plusieurs brûlures.
Le morceau de bois avec lequel Le Goff m’a frappé, étant enflammé, des charbons s’en sont détachés et sont tombés tant dans mes vêtements que sur plusieurs lits. Mes effets et le matériel de couchage prenaient feu, et sans l’intervention d’autres ouvriers, le baraquement, où nous couchions aurait certainement été brûlé.
Lorsque Le Goff est rentré, il sortait du réfectoire de l’entreprise. Aucun ouvrier ne lui a dit quelque chose, c’est lui seul, qui a provoqué ses camarades et m’a frappé ensuite avec tant de brutalité.
Je souffre beaucoup et j’attends le docteur Mareschal demandé par téléphone.« 
Louis Geoffroy, 34 ans, manouvrier à l’entreprise Oréfice, demeurant actuellement à Monthois, domicilié à Montigny-le-Roi (Haute-Marne), déclare :
« Hier 29 février 1920, vers 19 heures, je rentrais au baraquement où couchent les ouvriers de l’entreprise Oréfice, lorsque j’ai trouvé Le Goff couché sur mon lit. J’ai dit à cet homme, bien posément, il faut vous retirer, pour que je me couche. Cet homme en état d’ébriété m’a dit aussitôt « Que dis-tu galopin, as-tu envie que je te casse la gueule » puis joignant l’action à la parole, il a essayé de me porter des coups de poing. Plusieurs camarades présents, notamment le garde magasin Drumel, ont repoussé Le Goff. Celui-ci furieux a retiré du poêle, une grande bûche de bois enflammée et en a porté un violent coup en bout à Drumel, au dessus de l’oeil lui faisant une grave blessure et de nombreuses brûlures. Par suite du choc, des charbons s’étant détachés de la bûche enflammée ont communiqué le feu à nos effets et au matériel de couchage ; sans notre intervention immédiate, le baraquement en planches aurait été brûlé. A la suite de cette scène, Le Goff a été expulsé du baraquement par ses camarades.
Legoff est un mauvais sujet, chaque fois qu’il est ivre, ce qui lui arrive fréquemment, il cherche dispute aux autres ouvriers.« 
Léon Frémeaux, 51 ans, journalier à l’entreprise Oréfice, demeurant à Monthois, sans domicile fixe, déclare :
« Le 29 février 1920, vers 19 heures, je me trouvais au baraquement, où logent les ouvriers de l’entreprise Oréfice, quand Legoff y est rentré en état d’ivresse. Cet homme, aussitôt, a cherché querelle aux ouvriers, comme il l’avait déjà fait dans l’après-midi ; nous ne lui avons pas répondu. Quelques instants après, Louis Geoffroy est rentré ; trouvant Legoff couché sur son lit, il lui a dit « il faut vous retirer » , Legoff l’a aussitôt insulté et a essayé de lui porter des coups de poing. Avec l’aide de Drumel, nous avons repoussé l’agresseur. Furieux Legoff a retiré d’un poêle, une bûche enflammée et en a porté un violent coup à Drumel l’atteignant à l’oeil gauche. Nous avons aussitôt expulsé Legoff du baraquement.
Des charbons s’étant détachés de la bûche, un commencement d’incendie s’était déclaré, dans nos effets et dans la literie. Nous l’avons éteint il est vrai, mais plusieurs effets, linge et literie, ont été détériorés. Plusieurs fois déjà Legoff à cherché querelle à ses camarades, c’est toujours lorsqu’il est ivre que des disputes arrivent. Il est mauvais et violent lorsqu’il a bu. »
Marius Elsensohn, 32 ans, terrassier à l’entreprise Oréfice, demeurant à Monthois, domicilié à Épinal, impasse du quai de juillet n°3 (Vosges), déclare :
« Le 29 février 1920, vers 19 heures, Legoff, en état d’ébriété, a cherché dispute, aux autres ouvriers. Prenant à partie le garde magasin [manque une page]
08_Vouziers_8U825 et 845_LEGOFF_PierreMarie_jugement (31)

Lettre de Pierre Marie Le Goff en date du 21 mars 1920 demandant au Procureur de lui fournir un avocat commis d’office – Sources : Archives départementales des Ardennes, 8U825 et 8U845

Néanmoins, lors du jugement de Pierre Marie, Charles Edmond Drumel est parti de l’entreprise sans laisser d’adresse.
Pierre Marie ajoute que le matin des faits, les autres ouvriers l’avaient provoqué.
Louis Geoffroy donne quelques éléments supplémentaires qui permettent de mieux comprendre l’état d’excitation de Pierre Marie : J’ai vu les faits, on rentrait de souper à la cantine, on allait nous coucher. Le Goff était sur mon lit, je lui dis je vais me coucher, il faut partir. Drumel était ainsi que Le Goff, en état d’ivresse. Le Goff voulait me frapper. Drumel l’avait menacé d’un fusil qui était dans son logement. Étant ivres tous deux, Le Goff voulait me frapper, Drumel [a sauvé], il a menacé de son fusil Le Goff étant allé le chercher, en a menacé Le Goff. Avant de recevoir le coup de buche de Le Goff, Drumel en avait menacé de son fusil Le Goff. Ce fusil était dans la chambre de Drumel et c’est après le coup de bûche que Drumel est allé chercher son fusil, mais avant de recevoir le coup de bûche, Drumel avait donné une gifle à Le Goff. La bûche était un grand chevron, qui était dans le poêle et qui sortait de 1m50 du calorifère. Le Goff m’avait menacé, mais pas frappé. Il a lancé la bûche enflammée, en la tenant, dans la figure de Drumel.
 
Pierre Marie sera condamné à 1 mois d’emprisonnement pour coups et blessures volontaires et incendie d’objets mobiliers appartenant à autrui.

Grace à ces dossiers j’ai également la description physique de Pierre Marie en 1920
08_Vouziers_8U825 et 845_LEGOFF_PierreMarie_jugement (16)

Signalement de Pierre Marie Le Goff – Sources : Archives départementales des Ardennes, 8U825 et 8U845

Signalement : taille 1m69, cheveux et sourcils châtain foncé, front intermédiaire, yeux bleus, nez rectiligne sinueux, bouche moyenne, visage ovale, menton allongé. M.P. tatouage sur le bras gauche, représentant deux drapeaux croisés, entourés d’une couronne de feuillage porte en haut classe 1895.
Un grand merci au fil d’ariane et à la personne qui a bien voulu me faire la recherche du jugement aux Archives départementales des Ardennes.
Advertisements

Une réflexion sur “V comme Vouziers

  1. Pingback: Bilan du Challenge AZ 2016 |

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s